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Poulet croustillant façon crousty thaï : la recette

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Poulet croustillant façon crousty thaï : la recette

Le poulet croustillant qu’on appelle « crousty thaï » sur les cartes françaises tient sur deux piliers seulement : une croûte irrégulière qui garde son craquant, et une sauce sucrée-piquante assez acide pour ne pas écœurer. Tout le reste, marinade, épices, morceau de volaille, relève du réglage. Voici comment obtenir les deux, avec une friteuse ou une simple casserole.

D’où vient le « crousty thaï »

Soyons honnêtes : ce nom n’existe pas en Thaïlande. C’est une appellation de restauration rapide française, née dans les cartes de snacks asiatiques et de vente à emporter, pour désigner un poulet frit croustillant nappé ou accompagné d’une sauce sucrée au piment.

Son cousin réel, lui, existe bel et bien : le gai tod, le poulet frit thaïlandais, vendu partout dans la rue, mariné à l’ail, à la racine de coriandre, au poivre blanc et à la sauce d’huître, puis frit dans une panure de farine de riz. On le sert avec du riz gluant et une sauce piquante, souvent le nam jim gai, cette sauce translucide au piment et au vinaigre que l’on connaît en France sous le nom de sauce chili sucrée.

Le crousty thaï est donc un cousin franco-français du gai tod. Ce n’est pas une raison pour le rater : la technique de friture, elle, est universelle, et les mêmes principes gouvernent toutes les fritures de la street food asiatique.

Le morceau de poulet et la découpe

La cuisse gagne contre le blanc, à peu près à chaque fois. Plus grasse, plus collagénée, elle supporte les deux minutes de friture supplémentaires sans se dessécher. Prenez des hauts de cuisse désossés, retirez la peau ou gardez-la selon votre goût, et coupez en morceaux de 3 à 4 cm : assez gros pour rester juteux, assez petits pour cuire à cœur avant que la croûte ne brunisse.

Si vous tenez au blanc, coupez-le en aiguillettes épaisses et réduisez la friture. Un blanc coupé en petits dés sera sec, quoi que vous fassiez.

Comptez environ 600 à 700 g de poulet pour quatre personnes en plat, moitié moins en apéritif.

La saumure : l’étape que tout le monde saute

C’est elle qui fait la différence entre un poulet frit correct et un poulet frit mémorable. Une saumure courte hydrate la chair, la sale en profondeur, et lui permet de rester juteuse même après un passage à 190 °C.

Dissolvez 30 à 40 g de sel et une cuillère à soupe de sucre dans un litre d’eau froide. Plongez le poulet, laissez au réfrigérateur de 30 minutes à 4 heures, pas plus : au-delà, la texture devient spongieuse. Rincez rapidement, épongez très soigneusement.

Variante plus parfumée, plus proche du gai tod : au lieu de la saumure liquide, une marinade de 3 gousses d’ail pilées, une racine de coriandre (ou les tiges, hachées fin), une cuillère à café de poivre blanc concassé, deux cuillères à soupe de sauce d’huître, une de sauce soja claire, une pincée de sucre. Deux heures suffisent. Épongez avant de paner : la panure n’adhère pas sur une surface trempée.

La panure : farine, fécule, et des flocons

Morceaux de poulet enrobés d’une panure irrégulière et floconneuse dans un grand saladier

La croûte industrielle est lisse et se ramollit en dix minutes. La croûte qu’on cherche est irrégulière, presque déchiquetée, avec des reliefs qui craquent.

Le mélange de base, pour 700 g de poulet :

  • 120 g de farine de blé ordinaire
  • 100 g de fécule (maïs ou, mieux, farine de riz)
  • 1 cuillère à café de sel
  • 1 cuillère à café de poivre blanc
  • 1 cuillère à café de poudre d’ail
  • éventuellement 1 cuillère à café de levure chimique, qui allège la croûte

La fécule est ce qui rend la croûte cassante plutôt que pâteuse : elle contient peu de protéines, elle sèche plus vite, elle brunit moins. Un mélange à moitié fécule est le meilleur compromis pour une friture domestique.

Le tour de main qui crée les reliefs : versez deux à trois cuillères à soupe de liquide (marinade, eau, ou babeurre) directement dans la farine sèche et travaillez du bout des doigts. Vous obtenez des petits grumeaux. Roulez ensuite les morceaux de poulet dedans en pressant fermement, pour faire adhérer ces flocons. Ce sont eux qui donneront la texture. Laissez reposer les morceaux panés dix minutes sur une grille avant de frire : la panure s’hydrate et tient mieux.

La double friture, point par point

L’huile : arachide, tournesol haut oléique, pépins de raisin. Assez pour immerger les morceaux, au moins 5 cm dans une casserole haute. Un thermomètre de cuisson n’est pas un luxe, c’est la seule façon de piloter.

Premier bain : 160 °C, 165 au plus, pendant 6 à 8 minutes selon la taille des morceaux. À cette température, le poulet cuit à cœur sans que la croûte fonce. Sortez, égouttez sur grille, laissez reposer au moins 5 minutes. La vapeur interne s’échappe pendant ce repos, ce qui empêche la croûte de se ramollir de l’intérieur.

Second bain : 190 °C, 1 à 2 minutes, juste pour dorer et sécher la surface. Le poulet remonte, la croûte devient brune et rigide, le bruit change dans l’huile (moins de bouillonnement). Sortez immédiatement.

Trois règles pour ne pas rater :

  1. Frire par petites fournées. Une casserole surchargée fait chuter la température de plusieurs dizaines de degrés et le poulet s’imbibe.
  2. Remonter le feu entre chaque fournée et attendre que le thermomètre soit revenu à la cible.
  3. Égoutter sur grille, jamais sur papier posé à plat. Le papier renvoie la vapeur sur la croûte et ruine en deux minutes tout le travail.

Le poulet est cuit quand la chair atteint 74 °C au cœur. À défaut de thermomètre, un morceau coupé doit être opaque, avec un jus clair.

La sauce sucrée-piquante maison

Casserole de sauce rouge translucide au piment en train d’épaissir, cuillère qui laisse une trace

Elle se fait en cinq minutes et vaut dix fois celle du commerce, qui est surtout du sirop de glucose.

Dans une petite casserole : 100 ml de vinaigre de riz, 100 ml d’eau, 100 g de sucre, 3 gousses d’ail hachées très fin, 2 à 4 piments rouges frais épépinés et émincés (ou une cuillère à café de flocons de piment), une pincée de sel. Portez à frémissement, laissez réduire 5 minutes. Délayez une cuillère à café de fécule dans deux cuillères d’eau froide, versez en filet, laissez épaissir 30 secondes.

Elle doit rester légèrement coulante à chaud : elle épaissira encore en refroidissant. Trop épaisse, allongez à l’eau. Trop sucrée, un trait de vinaigre. Un peu de nuoc-mâm (une demi-cuillère à café) lui donne une profondeur salée que la version au sel seul n’a pas.

Vous pouvez la servir à part, dans un ramequin, ce qui préserve le croustillant. Ou en nappage : dans ce cas, faites-le au dernier moment, dans un saladier, en mélangeant vivement, et servez dans la minute. Sauce et croûte ne cohabitent jamais longtemps.

Pour une version douce, à côté, la sauce blanche fonctionne très bien avec un poulet pimenté : le froid et le gras calment le feu.

Version four, air fryer, et limites honnêtes

Au four, badigeonnez la panure d’huile et enfournez à 210 °C sur une grille, 25 à 30 minutes, en retournant. À l’air fryer, 200 °C pendant 18 à 22 minutes, avec un vaporisateur d’huile. Le résultat est bon, sec, correct. Il n’est pas identique : sans immersion, la panure ne se dessèche pas de façon uniforme et le craquant est plus mat, moins vitreux.

Ne prétendez pas obtenir une friture sans huile. Vous obtiendrez un poulet rôti pané, ce qui est un autre plat, très bien à sa manière.

Erreurs fréquentes et ce qu’elles disent

SymptômeCauseCorrection
Croûte molle au bout de 10 minpas de second bain, égouttage sur papierdouble friture, grille
Panure qui se détachepoulet trop humide, pas de reposéponger, reposer 10 min avant friture
Extérieur brun, intérieur cruhuile trop chaude au premier bain160-165 °C, thermomètre
Poulet gras et lourdhuile trop froide, fournées trop grossesremonter en température entre chaque bain
Chair sècheblanc de poulet, friture trop longuecuisse, morceaux de 3 à 4 cm
Sauce écœurantetrop de sucre, pas assez d’acidevinaigre de riz, pointe de sel

Le timing du service

La friture est une course contre l’humidité. Un poulet parfaitement croustillant tient environ dix minutes à l’air libre avant que la vapeur interne ne commence à ramollir la croûte par en dessous. Cela conditionne toute l’organisation du repas.

Cuisez donc en dernier, une fois la table dressée, le riz cuit, la sauce prête et les convives assis. Si vous devez tenir au chaud, posez les morceaux sur une grille dans un four à 90 °C, porte entrouverte, jamais sur une assiette et jamais couverts : un couvercle transforme la croûte en éponge en trois minutes.

Pour un grand nombre de convives, faites le premier bain à l’avance, jusqu’à deux heures avant, et gardez les morceaux à température ambiante sur une grille. Le second bain à 190 °C se fait alors juste avant de servir, il ne prend que deux minutes, et le résultat est meilleur qu’une friture unique faite dans l’urgence. C’est exactement la méthode des étals de rue, qui gardent des bacs de poulet pré-frit et le repassent à la commande.

Servez avec du riz jasmin bien parfumé, du riz gluant, ou simplement des herbes et du concombre en bâtonnets. La question du riz est traitée en détail dans notre guide du riz thaï : sur une assiette de friture, un riz correctement cuit fait autant de travail que la sauce.